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Alexandre Dedieu Psychologue

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Point de vue de psychologue

photo de plusieurs cigarettes

Des interactions sociales dans l’addiction au tabac

La compréhension de l’addiction repose sur l’idée que les comportements addictifs sont entretenus par un système de croyances biaisées. Ces croyances erronées peuvent être modifiées grâce à des interventions ciblant la restructuration cognitive (McCuster, 2001). Toutefois, il est essentiel de souligner qu’il n’existe pas de modèle unique permettant d’expliquer l’addiction au niveau individuel. Une approche plus large est nécessaire, prenant en compte un macro-système incluant les politiques de santé, les ressources de soins, les dynamiques sociales et les différences socioculturelles (Krentzman, 2013).

La question de la dépendance et des effets néfastes d’une consommation se pose lorsque celle-ci devient problématique aux yeux de l’entourage. Selon Graziani et Romo (2013), c’est souvent l’expression d’une souffrance psychique chez les proches qui révèle la gravité de la situation, notamment en raison des conséquences sur la santé et du type de produit consommé.

Le tabac, quant à lui, est parfois qualifié de « cultural drug ». Il remplit une fonction psychosociale et semble agir comme un facilitateur de liens sociaux, renforçant la cohésion au sein des groupes (Fagerström, 2011).

En 2006, une étude menée par Unger et ses collègues (Yan, Shakib, Rohrbach, Chen, Qian et Johnson) a testé une campagne de prévention visant à limiter la consommation de tabac chez les jeunes. Leur approche reposait sur le rôle des liens familiaux, en particulier la relation entre les enfants et leurs aînés, pour prévenir une consommation précoce, notamment avant l’âge de 15 ans. Plus tard, Chen et Stanton ont affiné cette recherche en se concentrant sur la relation père-enfant.

L’intervention a été réalisée auprès de 813 élèves âgés de 7 à 11 ans. Ces enfants étaient invités à ramener chez eux des prospectus et des questionnaires sur les dangers du tabagisme. Ils devaient également rédiger une lettre demandant aux adultes de leur entourage d’arrêter de fumer et fournir un rapport mensuel sur les habitudes tabagiques de leur famille. Les résultats ont montré que plus de 10 % des proches ciblés avaient cessé de fumer pendant six mois, contre seulement 0,2 % dans le groupe témoin.

Le rôle de l’environnement social dans le tabagisme des adolescents est également un facteur clé. La présence de fumeurs dans l’entourage et l’accessibilité des cigarettes augmentent significativement le risque d’initiation au tabac. L’analyse de Bandura (1977) sur l’apprentissage social montre que l’individu adopte souvent ce comportement par mimétisme, en observant ses parents ou ses amis fumeurs. Ainsi, ces deux facteurs — l’influence des pairs et l’accessibilité au tabac — constituent des cibles majeures dans la prévention du tabagisme (Unger et al., 2002).

Enfin, bien que le tabagisme soit aujourd’hui largement désapprouvé dans de nombreuses cultures, il existe encore des sous-cultures où fumer reste un marqueur d’appartenance sociale. Ces groupes, parfois marginaux ou revendicatifs, perpétuent cette pratique comme un moyen d’adhérer à une certaine norme collective (Fagerström, 2011).