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Alexandre Dedieu Psychologue

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Point de vue de psychologue

photo d'une femme âgée respirant l'odeur d'une rose

La mémoire des odeurs

Nous percevons le monde qui nous entoure grâce à nos cinq sens, qui interagissent en permanence pour enrichir notre expérience. La mémoire sensorielle joue un rôle essentiel dans ce processus : elle recueille les informations provenant de l’ouïe, de l’odorat, du toucher, de la vue et du goût. Toutefois, cette mémoire est éphémère, ne durant que quelques centaines de millisecondes à deux secondes au maximum. Elle constitue une étape intermédiaire avant le stockage des informations dans la mémoire à court terme.

Parmi ces sensations, les odeurs occupent une place particulière, car elles sont intimement liées à nos émotions et à nos souvenirs. C’est ce que l’on appelle la mémoire olfactive. Le processus commence avec les cellules réceptrices sensorielles, qui transmettent les signaux aux centres nerveux olfactifs situés à la base du cerveau. Les impulsions nerveuses traversent ensuite des structures clés comme l’amygdale et l’hippocampe, où sont stockés les souvenirs, les peurs et les traumatismes. L’odorat, bien que souvent sous-estimé, joue ainsi un rôle fondamental dans notre perception du monde.

Une étude menée par Herz, Eliassen, Beland et Souza en 2003 a cherché à établir un lien entre la mémoire olfactive et les émotions associées aux souvenirs. Pour cela, les chercheurs ont utilisé l’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) afin de comparer les régions cérébrales activées lors de la récupération de souvenirs provoquée par des stimuli olfactifs et visuels. Les résultats ont montré une activation significativement plus forte de l’amygdale et de l’hippocampe lorsque les souvenirs étaient déclenchés par une odeur, confirmant ainsi une réaction émotionnelle plus intense. Cinq participantes droitières, âgées en moyenne de 22 ans, ont été sélectionnées parmi un groupe de 12 volontaires après un pré-test. Un à deux mois avant l’expérience, elles avaient décrit un souvenir agréable en y associant un parfum précis. Ce souvenir devait être lié à une personne, un lieu ou un événement marquant. Lors de l’expérience, elles devaient ensuite évaluer leur ressenti sur une échelle de 1 à 9, selon l’intensité de l’émotion ressentie et le caractère positif du souvenir.

Par exemple, l’une des participantes se souvenait d’un voyage à Paris durant son enfance, lorsqu’elle observait sa mère se préparer en utilisant le parfum Opium©. Grâce à l’IRMf, les chercheurs ont constaté que les souvenirs évoqués par les odeurs activaient plus efficacement la mémoire émotionnelle, en particulier dans l’amygdale. Enfin, l’étude a révélé des preuves neurobiologiques convaincantes : la mémoire olfactive possède une puissance émotionnelle supérieure à celle des souvenirs visuels. Cette particularité s’explique par l’interconnexion directe entre l’odorat et l’amygdale, la région du cerveau responsable des émotions.

En résumé, les odeurs sont des déclencheurs puissants de souvenirs, car elles agissent directement sur notre mémoire émotionnelle. Elles nous replongent dans le passé avec une intensité que les autres sens peinent à égaler.